Construire l’implication du secteur privé dans l’assainissement

Malgré les efforts fournis par les Etats pour l’atteinte des OMD en 2015, les statistiques récentes en matière d’accès aux services durables d’assainissement et d’eau potable sont préoccupantes. En effet selon le Joint Monitoring Program (JMP) 2015:

-Plus 650 de millions d’africains au sud du Sahara n’ont pas accès à l’assainissement décent dans les zones urbaines et rurales,

-Plus de 300 millions n’ont pas accès à l’eau potable. Les déchets solides urbains sont difficilement collectés à plus de 50 %,

-L’investissement pour favoriser l’accès universel à ces services de base  est abyssal et les financements publics tant internationaux que nationaux ne peuvent le couvrir.

En outre, aux mêmes endroits, les populations africaines sont confrontées aux problèmes de déficit énergétique et d’infertilité des sols sources d’insécurité alimentaire.

Que faire ?

Pour l’agence panafricaine intergouvernementale Eau et Assainissement pour l’Afrique, la solution se trouve dans la construction de l’implication du secteur privé qui constitue désormais sa vision opérationnelle. En effet, pendant les 27 dernières années, EAA (ex-CREPA), a bâti une expérience consolidée, sur la base des résultats des recherches scientifiques et technologiques menées dans le contexte africain, qui montre que les  déchets peuvent être transformés en amendements organiques et en bioénergies. En d’autres termes, le milieu naturel ne constituera plus l’exutoire des déchets bruts non suffisamment traités. Les fractions organiques des déchets constituent des substrats pour la production de bio-fertilisants et de la bio-énergie: l’agriculture et l’énergie seront désormais les points de destination finaux d’une grande partie des déchets.

Ainsi, sur la base des résultats de la recherche éprouvée au sein des équipes dans les bureaux pays, EAA a opérationnalisé le nouveau concept d’eau et d’assainissement productif. Ce concept consiste à rechercher, de façon systématique, à donner une valeur ajoutée socioéconomique au processus de précollecte, de collecte et de traitement des déchets solides ou liquides produits par l’homme. Cette quête de la « productivité » de l’eau et l’assainissement est un argument fondamental motivant l’implication des banques et du secteur privé dans l’investissement en vue de l’offre des services durables et efficaces d’eau et d’assainissement en zones urbaines, périurbaines et rurales en Afrique.

En somme,  le secteur WASH, de manière générale, en articulation avec l’Agriculture et l’Energie, peut drainer les fonds des privés pour le développement durable de l’assainissement en milieu urbain, péri-urbain et rural.

Comment y parvenir ?

Il suffit de créer un environnement d’affaire favorable permettant d’attirer les investisseurs privés locaux. De façon plus spécifique, il s’agira de :

-Trouver une échelle convenable permettant d’atteindre une masse critique de rentabilité où il est établit une concertation des acteurs et où des mesures de facilité fiscale, d’arrangement institutionnel et juridique sont prises : cela vise à offrir les garanties institutionnelles et sociales ;

-S’appuyer sur une approche technologique adaptée, fondée sur l’intégration du WASH d’une part, de l’agriculture et de l’énergie d’autre part : cela dans la perspective d’apporter une garantie technique ;

 Mettre en place un fonds de garantie, élément principal d’un mécanisme de financement innovant favorable aux banques, aux Institutions de microfinance, aux entreprises privées et aux ménages considérés comme des clients.

Ces trois axes stratégiques sont en nette cohérence avec la nouvelle approche que proposent désormais les partenaires financiers depuis la déclaration d’Addis ABABA de juillet 2015. Leurs fonds devraient servir à lever des fonds domestiques additionnels auprès des banques locales et des Etats.


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